Interview Groupe Symbiose

1°) Peut-on répondre à toutes les demandes esthétiques de nos patients ? 

L’esthétique est devenue une part importante de nos consultations, depuis la coiffe unitaire à la reconstruction globale, elle est une exigence implicite pour tous nos patients. Cette exigence nous conduit à la frontière de la chirurgie plastique, à la frontière entre l’obligation de moyens et l’obligation de résultat. Il faut être vigilant, en particulier lorsqu’un défaut modéré s’accompagne de préoccupations et d’attentes importantes, sans que ce patient ait conscience de cette disproportion. Nous devons nous demander quels pourront être les bénéfices réels de l’intervention demandée, pour le patient mais aussi pour nous-mêmes. Certains actes sur de tels patients peuvent entraîner un plus grand désarroi et les précipiter dans une attitude vindicative ou dans une errance thérapeutique préjudiciable. D’autre part, nous devons envisager nos propres limites à la fois techniques et psychologiques.

2°) Face à une demande, comment appréhendez-vous un éventuel trouble psychologique chez un patient ?

Les motifs de consultations esthétiques demandent de prendre du temps pour connaître les patients et identifier précisément à la fois la nature de la demande et ce qui la sous-tend. Le temps et un dialogue «semi-structuré» sont essentiels si l’on veut repérer un éventuel trouble psychologique et savoir si l’on pourra vraiment satisfaire à la demande du patient. Bien souvent, un patient ne révèlera pas l’étendue de ses préoccupations si on ne lui pose pas les bonnes questions. Un entretien doit prendre en compte les motivations du patient, ses attentes, son statut et son histoire psychiatrique, les préoccupations concernant l’image du corps, l’internalisation des modèles médiatiques, ainsi qu’une observation du comportement de ce patient. Si nous suspectons un tel trouble, il est préférable de différer l’intervention. La nature du dialogue qui suivra dépend de la qualité du lien que l’on aura pu créer avec le patient. Il est parfois vital de les informer que, plutôt que d’un problème chirurgical, ils semblent souffrir d’une perturbation de l’image du corps qui les rend extrêmement préoccupés par leur apparence physique, que ce qu’ils ressentent affecte de nombreux individus et qu’il peuvent trouver une aide précieuse après d’une personne compétente. Des médicaments pourront aussi parfois considérablement les aider.
Le domaine de l’odontologie commence à peine à se sentir vraiment impliqué dans l’appréhension de la psychologie et de la qualité de vie des patients. Les aspects médico-légaux du problème n’y sont certainement pas sans rapport. Nous manquons encore cruellement d’outils. Personnellement, je travaille à la création de questionnaires qui nous permettraient plus facilement de repérer une insatisfaction corporelle préoccupante et sa forme la plus grave que l’on retrouve dans le «Body Dysmorphic Disorder».

3°) Selon vous, quels motifs peuvent justifier le refus d'un traitement ?
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Les recommandations dans le domaine de la médecine esthétique deviennent très claires. Elles indiquent de porter une attention toute particulière aux patients montrant une préoccupation importante pour un défaut minime, aux patients n’ayant pas conscience de l’insignifiance de leur défaut, opérés plus d’une fois, ayant une histoire psychiatrique, ou des attentes déraisonnables. Les traitements visant à l’amélioration de l’apparence ne doivent pas être entrepris chez de tels patients.
D’autre part, que le patient présente un trouble ou pas, l’esthétique ne devrait jamais prendre le pas sur l’aspect fonctionnel qui, du reste, est garant de sa pérennité.
Enfin, le domaine de l’esthétique nécessite un laboratoire très aguerri, une technicité importante, une bonne connaissance des matériaux, une expérience dans la technique employée et un « background » théorique. Ne pas se sentir capable, sur le moment, est parfois une raison suffisante. Un patient ne nous en voudra jamais de le confier à un confrère plus averti si on lui explique les raisons de notre refus.