Interview SFDE

1- Les réhabilitations implanto-portées du secteur antérieur constituent l’une des situations thérapeutiques les plus difficiles à résoudre… Au vu de votre riche expérience, comment abordez-vous ces situations ?


Georges Khoury : Pour être plus précis sur notre sujet de réhabilitation complète, la reconstitution tant prothétique que tissulaire impose une évaluation préalable de l’objectif souhaité, en accord avec le contexte initial. Ainsi aucun acte chirurgical n’est entrepris sans un plan de traitement séquentiel dirigé par la prothèse réévaluée et validée. Le volume osseux disponible n’est donc pas le premier élément à considérer. Pour bien aborder l’édenté complet ou en devenir il faut intégrer au projet prothétique une approche analytique des tissus durs et mous et évaluer notre capacité de mettre en pratique les différentes options possibles.

2- Comment gérer-vous le projet esthétique ? Entre un sujet édenté et un patient qui, pour des raisons diverses, nécessite une édentation complète, votre démarche est-elle similaire ?


Christophe Rignon-Bret : Dans notre démarche thérapeutique, le rétablissement de l’esthétique constitue le seul guide valable pour replacer les tissus paraprothétiques dans une position physiologique. Ainsi, lors de l’observation clinique d’un patient édenté complet ou candidat à l’édentation totale, il est essentiel de déterminer la situation du futur point interincisif. C’est le point cardinal de notre thérapeutique. Une fois ce point interincisif déterminé, nous pouvons définir le plan d’occlusion prothétique, puis évaluer l’espace prothétique par rapport à la crête édentée. Dans le cadre d’une restauration fixe implantoportée, c’est l’évaluation de cet espace prothétique qui oriente notre décision de réaliser ou non une fausse gencive. La détermination de la situation du futur point interincisif est bien évidemment plus difficile avec un patient totalement édenté. Il faut alors extrapoler la situation du futur point interincisif. Les lignes remarquables du visage, le plan sagittal médian, les lignes bipupillaires et bicommissurales sont autant d’indices à exploiter, mais il en existe d’autres… C’est surtout la dynamique labiale, la position et l’expression des lèvres qui constituent avec le philtrum, les meilleurs repères pour déterminer le futur point interincisif. Dans le cas d’un patient candidat à l’édentation totale, les dents antérieures sont encore présentes et sont une aide pour déterminer le futur point interincisif. Il s’agit alors d’évaluer si on garde le point interincisif existant ou si il doit être modifié ; dans ce dernier cas il faut définir le sens et l’amplitude du déplacement souhaité. Notre démarche thérapeutique est donc similaire chez un patient édenté et un patient candidat à l’édentation totale, ce sont les techniques de réalisation prothétique qui diffèrent.


3- Comment optimiser le résultat esthétique, notamment dans le cas d'un sourire gingival ?... Quels conseils pourriez-vous nous donner afin de minimiser les désordres esthétiques ?

Christophe Rignon-Bret : C’est une problématique qui concerne le traitement de l’édentement total par prothèse fixe implanto-portée. Dans ce cas l’analyse de l’intégralité du jeu labial lors du sourire est primordiale pour évaluer la situation de la lèvre supérieure par rapport à la crête édentée et l’importance du sourire gingival. Le problème qui se pose est la visibilité de la limite de la fausse gencive, en particulier dans les secteurs latéraux dans la région canine et des prémolaires. Le plus simple est d’effectuer une ostéoplastie pour diminuer l’importance du sourire gingival et ensuite de réaliser une restauration prothétique sans fausse gencive avec des intermédiaires de bridge de forme ovoïde. D’autres solutions prothétiques seront abordées lors du congrès… L’objectif est d’obtenir un sourire naturel et vivant qui signe le succès de toute prothèse bien intégrée à la personnalité du patient.